READING

Corentin, photo-reporter engagé autour du monde

Corentin, photo-reporter engagé autour du monde

Corentin, photo-reporter engagé, est amoureux des images, passionné par l’humain et fou de voyages. Il parcourt le monde depuis plus de dix ans pour montrer ce qui se passe ailleurs.


corentin-photo-reporter-engage-autour-du-monde-9Comment tout a commencé ?

Premier appareil au début des années 2000, premier voyage pour la photographie lors d’un reportage à Kiev, Ukraine, durant la “révolution Orange” en décembre 2004. Je suis parti en bus Eurolines, faute d’argent – 48h de trajet pour arriver à la toute fin des évènements: le dernier soir, du dernier meeting de l’opposant au président réélu dans des conditions de fraudes massives.

Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir un photo-reporter engagé ?

Le goût de l’aventure, des surprises, des rencontres. Et pour vérifier que la vie en France est sacrément belle et que l’on est de sacrés privilégiés.

Explique-nous ton « tour du monde » en tant que voyageur photo-reporter

On fait le tour de soi, jamais le “tour du monde”. J’ai voyagé dans une cinquantaine de pays, mais je n’ai réellement exploré qu’Haïti, pays dans lequel je suis retourné une vingtaine de fois. Et je suis loin d’avoir tout vu sur ce petit pays!

corentin-photo-reporter-engage-autour-du-monde-4
Que cherches-tu dans tes voyages ?

Mon chemin et la meilleure des photos à réaliser. Mais elle m’échappe toujours, donc je poursuis ma quête.

Comment organises-tu tes journées une fois sur place ?

Je m’organise toujours parfaitement en amont afin d’improviser à chaque instant sur le terrain, ou inversement 🙂

corentin-photo-reporter-engage-autour-du-monde-5
C’est quoi les avantages et les inconvénients de cette vie ?

On découvre la vie, la mort, la guerre et la paix, on relativise tout tout le temps. On reste de gauche même avec l’âge avançant et on évite ainsi de devenir un « con beauf français » et de voter Front national. On devient pacifiste, anticlérical et athée. On aime la vie, on évite de tomber en dépression, on part toujours avec des valises trop vides et on rentre avec des valises trop pleines. On dit bonjour très souvent quand on croise des gens, on a un Facebook qui avoisine les 5 000 « friends » même si on ne se souvient plus de grand monde. On commence à comprendre que l’Afrique n’est pas un pays, que les gaulois ne sont pas nos ancêtres. On mange beaucoup de sandwiches ou des poulets frits dans la rue, on ne tombe (presque) plus malade en les mangeant. On entasse des souvenirs dans son salon, on ne prend jamais un transport sans un livre au cas où, on a deux passeports au cas où, on a toujours une photo d’identité sur soi, on a des adaptateurs pour prises électriques partout dans son bureau mais on ne retient jamais pour quels pays ils servent. On fait des progrès en anglais mais on est toujours aussi mauvais pour l’accent, on ne va chez le médecin que quand les diarrhées durent depuis 3 mois, on a toujours des lunettes rayées ou cassées, on se sert du même sac à dos depuis des années mais on redoute le jour où il faudra s’en séparer et en acheter un nouveau. On bronze des bras et de la figure, mais on est toujours blanc sur le reste du corps, on use ses jean’s plus rapidement que la moyenne et on troue ses tee-shirts sans s’en rendre compte…

corentin-photo-reporter-engage-autour-du-monde
Comment finances-tu ces voyages ?

Je finance comme toute personne: par l’argent tiré de mon métier – donc sur la vente de mes reportages et des commandes de presse. J’ai la chance de vivre de ma passion, et d’être passionné par mon métier!


corentin-photo-reporter-engage-autour-du-monde-12Raconte-nous ta plus belle expérience

La rencontre avec ma chérie en Tunisie. Elle se faisait embêter par des hommes dans un bar, j’entre. Elle me dit en rigolant “tu n’as qu’à m’embrasser, ça les fera fuir”. Je l’ai fait. C’était il y a 5 ans. Sinon les expériences sont tellement nombreuses et différentes que je ne saurais en choisir une aussi précisément.

Et l’expérience la plus difficile ?

La mort de mes deux amis et confrères photographes: Lucas Dolega et Rémi Ochlik tués alors qu’ils étaient en  reportage respectivement en Tunisie et Syrie.

Justement comment ton entourage perçoit cette vie à risque ?

Mes amis sont reporters et ma copine journaliste. Ils voyagent tous donc cela fait partie de notre vie et de leur quotidien. Cela fait rêver beaucoup de monde, cela effraye certains. Mais mes proches me posent assez peu de questions, ils savent que je n’aime pas en parler.


corentin-photo-reporter-engage-autour-du-monde-8Toi, qui voyages différemment des autres, un conseil pour quelqu’un qui aimerait partir pour un voyage au long cours ?

Ne revient pas comme tu es parti. Ne voit pas ce qu’il faut voir. Evite tout ce qui est marqué dans le guide de voyage, crée ton propre guide.

Et pour ceux qui voyagent déjà autour du globe ?

De nos jours, il est difficile de voyager et de se retrouver seul. Le tourisme a envahi les moindres recoins de la planète. Les images ont inondé Instagram jusqu’à saturation. Les gens ne regardent plus, ils enregistrent. Soyez un voyageur-photographe et non un touriste-mémoriel. Je garde les souvenirs dans ma tête, et quand il y a une image à créer, je prends plaisir à la faire. Pour moi le “touriste” photographie comme il voyage: il se bâfre de ce qu’il faut voir et photographier. Pour ensuite dire: “je l’ai fait”: J’ai “fait” l’Indonésie, j’ai “fait” le Pérou. On ne “fait” pas un pays! Alors que le “voyageur”, lui, découvre. Il ne cherche pas à visiter les lieux “à voir”, il cherche à se laisser surprendre. Il n’est pas là à cocher les sites qu’il “faut” faire. C’est la grande différence!

EN SAVOIR PLUS

Découvrez son site personnel Corentin Fohlen qui est la vitrine de son travail. Sinon rendez-vous le 17 janvier 2017 pour la sortie de son livre « HAÏTI ».

rssfacebookinstagram


RELATED POST

INSTAGRAM
KNOW US BETTER